Une expérience avec un manager pas brillant et insupportable

Par le 19 février 2010

Vous vous souvenez sans doute du billet d’Ariane Ounis paru début février. Ariane nous avait raconté sa collaboration avec son manager brillant, mais insupportable et son intention de mieux s’affirmer à l’avenir.

Suite à ce billet, j’ai reçu un autre témoignage. C’est celui de Syvie. À 53 ans, Sylvie est assistante de direction senior. Elle nous fait part de sa collaboration difficile avec son 6e manager. Un manager insupportable et qui n’est même pas brillant.

Vous pourrez constater que Sylvie trouve un intérêt suffisant dans son travail pour supporter la situation.

« Je suis assistante de direction trilingue allemand-anglais-français et senior dans une grande entreprise très renommée. Mon manager est également senior. Nous sommes perçus comme « un vieux couple » puisque nous avons 15 ans de marche commune, mais pas main dans la main tout le temps.

Quand un manager devient insupportable

© Shutterstock

Première expérience professionnelle

Décidément, depuis mon entrée dans le monde du travail, je n’ai pas eu la chance de travailler en parfaite symbiose avec un manager brillant et supportable que l’on rencontre au matin avec plaisir.

Mon premier manager (j’avais 22 ans et mon diplôme BAC + 5 en poche) était Président allemand de son agence de Publicité franco-allemande : il dictait très vite, les pieds sur son bureau, des courriers personnels sur sa piscine. J’étais chargée d’apporter soit le thé ou le café le matin, c’était la grande question du jour. Il me répétait sans cesse : « on ne mélange pas les torchons et les serviettes : vous êtes un torchon ». Au bout d’un an de galère et de 3 courriers, j’étais licenciée. J’ai compris après : il avait un enfant mongolien et ne supportait pas la jeunesse.

27 ans d’expérience et 6 managers différents

Mais l’entreprise dans laquelle je suis maintenant depuis 27 ans avait répondu à ma candidature spontanée. En 15 ans, j’ai eu 5 postes différents avec des managers aux personnalités différentes. Mais je voudrais m’attacher à mon vécu avec mon manager actuel, le sixième.

Celui-ci n’est pas non plus brillant ni supportable, mais il a le mérite de se donner les moyens pour diriger son équipe (40 collaborateurs) au mieux,  de me permettre d’avancer, et de m’offrir la cotisation EUMA*.

DUT en poche, il a poursuivi sur sept années Outre-Rhin et a monté les échelons pour devenir notre Directeur.

Une collaboration difficile

Le niveau de mes études ne représente rien pour lui car c’est une personne intéressée seulement par ce qu’elle connaît de près. Hors le travail et le vélo, il n’a aucun centre d’intérêt. Aussi, on ne peut échanger sur les lectures (newsletters EUMA*par ex. : je mets tout en œuvre pour lui donner envie d’en prendre connaissance ; ensuite on en parle, et pour moi c’est un franc succès, mais c’est tellement rare …). Il lit les dossiers avec lenteur : j’essaie de lui donner quelques éléments que j’ai appris sur la lecture rapide.

Le point régulier du matin se fait autour d’une mastication de pomme et un capuccino au chocolat dont l’odeur me met mal à l’aise. J’ai laissé à maintes fois passer le message que nous pouvions nous rencontrer quand son estomac serait calmé, il ne l’entend pas de cette oreille : il en va de même après le déjeuner avec la tablette de chocolat.

Il  s’épanche sur sa vie personnelle et gère du coup mal son temps en étant obligé de travailler le week-end à la maison. Il s’ensuit un surmenage qui le fait s’endormir l’après-midi. On me demande pourquoi je continue à rester son assistante, il a mauvaise presse.

Il travaille à l’ancienne en me confiant la composition des numéros de ses correspondants internes ou externes. J’ai toujours le bon réflexe de demander l’objet de l’entretien pour garder contenance et toujours m’intéresser au suivi de ses affaires.

Rester professionnelle et positive

Pendant ces 15 ans, j’ai bien réfléchi. Je suis à son écoute, je remets les pendules à l’heure et frappe du poing sur la table dès que les règles du jeu ne sont pas respectées. En effet, parfois, c’est simplement pour me contrarier ou voir ma réaction qu’il n’accepte pas les propositions de dates pour des réunions à une dizaine de personnes, pas faciles à organiser. Je parviens à exprimer ce que je ressens de manière directe, sans conflit larvé. Je reste professionnelle et laisse mes émotions de côté grâce à une vie après le travail bien remplie me permettant de m’élever vers d’autres horizons et de rencontrer des personnes saines.

Je ne garde que le positif de chaque journée remplie d’organisation de réunions, traductions trilingues, relecture de documents trilingues des collaborateurs. Je suis aussi relais HSE (Health Security Environment) : je contacte ainsi d’autres départements et j’ai des tâches qui changent de l’assistanat.

Être proactive

En lisant, vous avez compris que je suis une assistante proactive n’aimant pas les discours directifs. Aussi, quand mon manager me demande, lors de déplacements, de mettre les impressions sorties des imprimantes sur son bureau, je procède ainsi : j’agrafe le dossier complet et je perfore les paquets de pages, et je dépose dans le tiroir.

Une autre expérience : j’ai organisé un voyage d’affaires de 25 directeurs d’usines européens à Paris (hôtel, car, bateau mouches, restaurant). Eh bien, j’ai réussi à faire passer un exposé de 10 pages en allemand pendant le trajet entreprise-hôtel sur Paris et les Parisiens. Personne ne me l’avait demandé et j’étais enchantée de l’effet produit avec les applaudissements !!

Se transformer pour transformer le monde

Chaque jour, je mets en pratique les formations CEGOS et DOCENDI qui m’aident à améliorer le savoir-faire et le savoir-être.

« C’est en me transformant moi-même que je transforme le monde qui m’entoure » (extrait de Devenez la source de votre abondance de Sanaya Romon). A 53 ans, je n’ai plus beaucoup d’années pour continuer à transformer mon manager ! Et moi, je continue dans cette démarche. Un 7ème manager se profilera peut-être à l’horizon et sera enfin brillant et supportable ? Actuellement, je vis dans l’instant et je prends les côtés positifs que j’ai rapidement énumérés ici.

Nota : EUMA

Association Européenne des Assistantes de Direction « European Management Assistants »
Je suis membre active de l’Association depuis plusieurs années. Des collègues, puis Assist’ Expo m’en ont parlé à l’époque. Le réseau actif permet de nouer des contacts professionnels et amicaux et de continuer à se former grâce à des colloques organisés à l’étranger ou à des séminaires organisés au Novotel des Halles à Paris. Le site internet de l’EUMA est incontournable.

N’hésitez pas à faire connaître EUMA et à demandez à vos entreprises de vous offrir le paiement de la cotisation !

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Newassistante Il y a 3 années

Bonjour,

je me permets ce message sur un point de lecture qui m’a fortement dérangé : « un enfant mongolien ». Nous sommes en 2018, les terminologies abusives sont dépassées, cet enfant est atteint d’un handicap, nommé sa maladie n’est pas forcément nécessaire dans ce récit et si cela devait être le cas, le terme de trisomie (il existe diverse trisomie, ce n’est pas obligatoirement une trisomie 21) aurait été bien plus adapté.

Une assistante compétente se devant d’employer le mot juste.

Bien cordialement.

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orphee Il y a 10 années

Merci ! moi qui suis assistante chez des avocats depuis 19 ans je me reconnais dans vos témoignages.
Mais oui, pourquoi rester dans l’ombre?? A part pour leur ego… Et puis souvent être comme Sylvia travailler avec qql qui ne brille que par ses bijoux c’est difficile !
je continue moi aussi… mais je garde espoir de trouver mieux ailleurs…

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Christine Harache Il y a 11 années

Je ne suis pas sûre qu’une assistante doive rester complètement dans l’ombre.
En tout cas, bravo pour votre sens de l’humour !

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Sylvia Il y a 11 années

C’est parfaitement exact. Le rôle d’une assistante est de tout faire, mais dans l’ombre. Ce que j’ai toujours fait avec plaisir, et la reconnaissance de mes supérieurs (depuis 15 ans).
Mais la dernière, alors là…. trop c’est trop : non seulement elle ne brille que par ses bijoux en toc, mais elle m’ignore …. laquelle des deux partira la première… là est la question !
En attendant, je continue…. comme toujours.

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Christine Harache Il y a 11 années

Quel beau témoignage !
Merci Jocelyne. Bien des assistantes de direction vont se reconnaitre dans votre histoire. Et il va donner de l’espoir à des personnes qui débutent dans le métier.
Accompagner un jeune ingénieur dans son progression vers la direction, prendre part à sa réussite, cela doit être une expérience passionnante et enrichissante.
Je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que la confiance et la bonne connaissance réciproques sont la base de la réussite d’un binôme patron/assistante.
Vous avez raison, vos supérieurs se rendent compte de tout ce que vous faites lors de vos congés.

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Jocelyne NATIER Il y a 11 années

Bonjour,
Ces deux témoignages m’ont quelque peu interpellée et j’aimerais vous faire part de mon expérience.
J’ai commencé ma vie professionnelle dans un EPIC en tant que secrétaire pour quatre ingénieurs. Un de ces ingénieurs a été nommé chef de département et j’ai eu l’opportunité de le suivre et de devenir ainsi assistante d’un chef de département. Puis un poste de directeur lui a ensuite été proposé et derechef le poste d’assistante de direction m’a été attribué. Depuis 30 ans nous travaillons donc ensemble. Nous avons ensemble gravi les différents échelons, apprenant ainsi à mieux se connaître, à découvrir au fil du temps la personnalité de chacun, ses travers, ses faiblesses, ses qualités, ses atouts. Il y a eu aussi des moments plus difficiles, qui nous ont permis de nous remettre en question et de repenser notre manière de travailler. Bien connaître son manager (savoir quel est le moment le plus opportun pour le déranger, comment lui communiquer un message dont on sait d’avance que ce dernier va le mettre mal à l’aise ou le déranger, comment lui présenter les urgences, etc…) permet finalement d’atteindre le résultat visé dans des conditions sereines. Ajoutez à cette connaissance de la personnalité de chacun, la confiance, la complicité et votre environnement professionnel apparait moins ingrat dans la mesure où la notion de culpabilité est pratiquement inexistante. Ce climat de confiance conduit alors à anticiper les évènements, à mieux planifier les tâches prévues pour répondre aux imprévus. Mon conseil : pour des échanges vrais qui conduiront à la confiance et au partage des tâches (tel que la mise en oeuvre et le suivi de dossiers, …) il faut avant tout gagner la confiance de son supérieur. Notre métier est parfois ingrat car nous faisons mille choses dans l’ombre pour lesquelles nos supérieurs hiérarchiques n’ont pas toujours conscience : rassurons nous ils en mesurent l’impact lorsque nous sommes en congés.

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